LONGWY : Passé récent, situation actuelle,perspectives d’avenir.

 

C’est l’industrie sidérurgique qui permet à Longwy de connaître une croissance importante à partir du  milieu du 19° siecle

 ceci grâce :
1° / à l’ouverture de la ligne de chemin de fer (1863)
2° / à la découverte du procédé Thomas Gilchrist qui permet l’utilisation du minerai de fer lorrain

A la veille de la guerre de 1914 la dualité de la ville reproduit celle des fonctions :

 LONGWY-HAUT reste centre administratif et ville de garnison. La place de Vauban, ayant conservé son aspect initial surplombe la vallée de la Chiers de plus de 100 mètres et continue à jouer son rôle de forteresse au contact de trois frontières désormais depuis 1870.

 LONGWY- BAS juxtapose usines sidérurgiques et cités et commence à s’organiser en ville. Le comte de Saintignon en 1907 fait procéder à un forage dans le parc des Récollets dans le but de découvrir de la houille ; l’eau jaillit d’un puits artésien. Il décide de créer une ville thermale à l’image d’autres villes lorraines (Nancy Thermal, …). Plusieurs immeubles de caractère sont alors construits : Hôtel des Récollets, Etablissement thermal, devenus par la suite bâtiments publics (Hôtel de Ville, Chambre de Commerce) ils contribuent avec la Banque de France à donner un certain cachet au centre de la ville basse.

 GOURAINCOURT, le développement de la Société des Aciéries de Longwy est à l’origine de la création d’une troisième section de la ville, le quartier de Gouraincourt constitué de logements ouvriers.

Dans les années 1910, la sidérurgie est en plein essor attirant de nombreux étrangers notamment des italiens.

Des maîtres de forges comme Alexandre Dreux envisagent plusieurs projets importants :
- La canalisation de la Chiers pour transporter le minerai.
- La création d’un nouveau département, qui porterait le nom de département de la CHIERS, réunissant les arrondissements de Montmédy (Meuse) et de Briey (ancien arrondissement de la Moselle rattaché depuis 1871 au département de la Meurthe), dont la préfecture serait fixée à Longwy.

La déclaration de la guerre de 1914 réduisit ces projets à néant. Lors du siège d’août 1914 la ville haute est entièrement détruite (la totalité des habitations, la porte de Bourgogne ainsi que la partie Nord-Ouest des remparts sont détruites) tandis que la ville basse est peu touchée.

Pendant quatre ans la région est soumise à une sévère occupation allemande à laquelle s’ajoutent à partir de 1917 le pillage et le démantèlement systématique du bassin sidérurgique.

Dans les années 1920, la reconstruction des établissements industriels est rapide. Jusqu’à la crise des années 1930 la production atteint des niveaux records. La population atteint 15.000 habitants en 1931 contre 11.000 en 1911.

La ville haute est reconstruite selon son plan en damier, mais des emplacements vides subsistent. Une nouvelle artère (la rue Mercy) est percée dans la partie centrale de la cité pour fournir un accès plus aisé. Longwy-Haut ne retrouve pas son animation d’autrefois, le siège de la mairie a été transféré dans la ville basse.
Une seule caserne a été conservée, la caserne Ordener que viendra occuper en 1936 un détachement d’infanterie de forteresse.

Longwy étant située devant la Ligne Maginot la population civile est évacuée dès septembre 1939 et dirigée vers les départements du Sud-Ouest de la France, tandis que les usines continuent à fonctionner jusqu’à l’offensive allemande du printemps 1940.

Après bien des hésitations durant la Drôle de guerre, l’Etat Major décide de défendre la Position Avancée de Longwy. Des combats ont lieu du 10 au 13 mai 1940 autour de la place forte. C’est aussi l’échec de l’intervention des troupes françaises au Grand-Duché. Les militaires et les derniers civils se replient derrière la Ligne Maginot.

Les années d’occupation sont marquées par une activité industrielle réduite et une baisse très sensible de la population, seule une partie des habitants ayant pu revenir.

La paix retrouvée la ville de Longwy connaît rapidement un essor inégalé supérieur à celui de l’agglomération de Nancy. Dès 1954 Longwy dépasse les 16.500 habitants. La concentration d’usines s’étend sur une vingtaine de kilomètres de Gorcy à la frontière belgo-luxembourgeoise (Longlaville – Saulnes – Villerupt). Les usines sidérurgiques rénovées retrouvent un rythme d’activité semblable à celui qu’elles avaient connu avant la crise des années 1930.

En 1952 le bassin de Longwy produit 19% de l’acier français. La gare de Longwy devient la première gare de France pour le trafic des marchandises.

Pour loger une population laborieuse de plus de 40.000 habitants, il faut construire des habitations. Les localités périphériques s’étoffent (Z.U.P. de Mont-Saint-Martin, Haucourt-Cités). A une époque où l’on fait peu de cas du patrimoine historique l’urbanisation s’exerce au détriment des anciens remparts, dont la partie ouest est rasée pour faire place à de grands immeubles et à un nouveau lycée. Il en va de même en 1958 pour la lunette 35 ou fort de Bitche, situé à l’extrême pointe Nord-Est de l’éperon du plateau, bien que classé Monument Historique par arrêté du 3 novembre 1935.

Dans les années 1970 les mesures prises pour endiguer la récession qui s’annonce (amélioration routière, zone industrielle de Villers-la-Montagne) s’avèrent très insuffisantes. Longwy subit de plein fouet les effets de la crise par suite de sa situation continentale (20.100 habitants en 1975, 17.300 en 1982, 14.500 en 1999). Malgré les restructurations et les efforts de modernisation l’ampleur de la crise contraint à la fermeture successive des différentes installations sidérurgiques.

La « Cité du Fer et des Emaux » où le métal était travaillé depuis un demi millénaire, voit au terme d’un âge d’or d’un siècle se clore brutalement cette période. En outre la faïencerie de Longwy dépose également son bilan après plus de 150 ans d’existence.

Au total 25.000 emplois sont supprimés dans l’agglomération. L’état de crise profonde se traduit par des mouvements sociaux, des usines démantelées, des municipalités désormais sans ressources.

Pour remédier à cette situation qui affecte également les autres états limitrophes est mis en place le P.E.D. ou Pôle Européen de Développement. Celui-ci remplit ses objectifs pour les parties belges et luxembourgeoises, tandis que la partie française connaît des déboires (Daewoo) et ne parvient pas a atteindre la création des 5.500 emplois prévus.

Toutefois le P.E.D. a contribué à traiter les friches industrielles et à préparer le terrain de la reconquête.

Les fonds de vallées du bassin connaissent désormais d’autres activités :

- Dans la vallée de la Chiers, au niveau de la frontière, à l’emplacement d’Usinor (anciennes Aciéries de Longwy) se déploie désormais un vaste pôle commercial ainsi qu’un complexe de cinéma, Utopolis, qui attirent un fort potentiel de clientèle belge et luxembourgeoise. Une fois terminé le pôle commercial comportera plus d’un millier d’emplois.
- Toujours dans la vallée de la Chiers, un peu plus en aval, à l’emplacement de l’ancien site de la Providence à Rehon le sidérurgiste espagnol Condesa a racheté « Lorraine Tubes » pour créer une 2ème usine qui après un investissement de 10 millions d’euros fabriquera en 2010 plus de 300.000 tonnes de tubes.
- Dans la vallée de la Moulaine où s’étiraient autrefois les installations de Senelle-Maubeuge/Usinor un important projet d’urbanisme destiné à loger les frontaliers est à l’étude. Outre la création d’un terrain de golf, c’est un véritable parc urbain avec des îlots d’habitations disposés sur les coteaux de la vallée qui devrait voir le jour à l’entrée de la ville à proximité du quartier de la gare dont il est prévu également le réaménagement.

Enfin avec la réalisation du pont autoroutier franchissant la vallée de la Chiers et de la voie de contournement Longwy-Haut a retrouvé un souffle nouveau. La mise en valeur du patrimoine ancien (puits de siège, porte de France, musée consacré aux émaux) attire désormais les visiteurs.

Comme le phénix qui renaît de ses cendres, 5 faïenceries assurent à nouveau le renom de la cité des Emaux.

Mais le problème essentiel demeure celui de l’emploi. A l’époque de la sidérurgie, par desserte ferroviaire, puis par la suite grâce à un vaste réseau d’autobus les ouvriers d’usines convergeaient vers la cité industrielle au rythme des tournées.

L’effondrement de la sidérurgie a été suivi d’une régression démographique avec départ des éléments actifs. La situation est désormais stabilisée. La capitale de Luxembourg et le Grand Duché sont devenus désormais un puissant centre d’attraction régional. Chaque jour plus de 10.000 habitants de l’agglomération longovicienne s’y rendent pour travailler.

De grands espoirs sont fondés également sur la reconversion du site sidérurgique luxembourgeois d’Esch-sur-Alzette situé à moins de 20 kilomètres. Esch-Belval fait l’objet d’un vaste programme consistant à créer un environnement urbain où dans une dizaine d’années vivront et travailleront près de 25.000 personnes.

L’avenir de Longwy s’inscrit de plus en plus pour les années à venir dans une coopération transfrontalière.

De la position excentrique de Longwy découlent un certain nombre de particularités :

- Située à l’extrémité du « Bec de canard » c’est à dire dans la partie très étroite de la partie nord du département de Meurthe-et-Moselle, elle laisse la sous-préfecture à Briey pour des raisons historiques ( Longwy déclarée « ville de lâches » pour sa capitulation prématurée en août 1792).
- Dépendant administrativement de Nancy, chef-lieu de département trop éloigné, elle est volontiers tournée vers Metz dont elle reçoit les informations écrites (le quotidien régional messin le « Républicain Lorrain » et le journal télévisé régional différent de celui diffusé sur la partie sud de la Lorraine).
- Pour résoudre ses problèmes Longwy dispose sur place d’antennes ou de succursales dont l’implantation de certaines comme celle de la Chambre de Commerce et d’Industrie sont déjà anciennes.



Au cours de sa longue histoire, marquée par des ruptures brutales, Longwy a été confrontée à plusieurs reprises à des situations particulièrement difficiles. Grâce à la détermination de ses habitants elle est parvenue chaque fois dans le passé à les surmonter comme elle est en voie d’y parvenir en ce début du XXI ème siècle.
Maurice NOËL.