Le Dimanche 2 août 1914

Le jour de la mobilisation générale, les clairons et les cloches des églises ont annoncé la nouvelle. Tous les hommes viennent à la mairie pour lire l’affiche et pour s’inscrire pour aller à la guerre.

 Longwy en 1914

Les Combats de 1914

dans les rues de Longwy

 

Tous les journaux ont annoncé l'arrivée en Suisse, puis en France, du général Léman, dont le nom est inséparable de la brillante défense de Liège aux premiers jours d'août 1914; ils n'ont pas été aussi prodigues d'informations lorsque le lieutenant-colonel Darche, gouverneur de Longwy, rapatrié lui aussi d'Allemagne, est rentré à la fin de janvier dernier. Et, pourtant, quand le communiqué officiel français faisait connaître, le 27 août 1914, que la valeureuse petite place lorraine avait dû capituler, il terminait par cette simple phrase qui en disait plus que de longs commentaires: « Son chef, le lieutenant-colonel Darche, a été fait officier de la Légion d'honneur. »

 

21-26 Aout, 1914

Fièrement campée par Vauban sur un éperon surplombant, d'un côté, la vallée profondément encaissée de la Chiesse, dominant de l'autre la plaine luxembourgeoise et Belge, Longwy conservait encore, au début du vingtième siècle, ses vieux remparts du dix-septième. A leur intérieur, une petite cité s'était formée et 1.500 civils y vivaient à l'étroit, côte à côte avec la garnison. Trois ouvrages extérieurs successivement ajoutés, l'Ouvrage à cornes en haut de Gouraincourt, celui du Vieux Château au-dessus de Longwy-Bas, au débouché de la trouée de la Moulaine, celui du Bel-Arbre à 1.500 mètres vers l'Ouest, sur le Plateau, n'augmentaient pas beaucoup les capacités défensives du réduit central, au profil hexagonal presque rigoureusement régulier. Ni carapace bétonnée sur les abris pour le personnel ou ipoUr les munitions, ni batterie cuirassée, aucun poste d'observation à l'abri des projectiles actuels, et, comme artillerie, du matériel ne portant pas à plus de 8 kilomètres, encore approvisionné en poudre noire.

 

depuis de longues années, rien n'avait été entrepris qui pût donner à la place quelque chance de résister longtemps à une attaque moderne. Bien mieux, témoin du siècle du grand roi, la forteresse avait vu, surtout depuis 1880, se développer autour d'elle,, dans ses alentours immédiats, tant dans les dépressions de la Chiers et de la Moulaine en France qu'au pied des côtes de Luxembourg et de Belgique, une industrie sidérurgique munie des perfectionnements les plus modernes. Les panaches blancs des cheminées des hauts fourneaux, le halètement puissant des machines soufflantes, les gerbes de flammes des cornues d'aciéries, le ronflement brutal des trains de laminoirs venaient mourir sur les talus gazonnés de ses remparts. Des agglomérations ouvrières s'étaient particulièrement établies dans la vallée de la Chiers, à Réhon, Longwy-Bas et Gouraincourt; les maisons et les usines étaient serrées les unes contre les autres et ces trois localités n'en formaient en somme qu'une, longue de 5 kilomètres et comptant plus de 12.000 habitants.

Vieux reste du passé, la place était appelée à disparaître dans un avenir plus ou moins rapproché et le déclassement en était activement étudié dans les derniers mois qui précédèrent la guerre. La garnison prévue pour la mobilisation était d'ailleurs peu importante: quelque 3.500 hommes, répartis en deux bataillons d'infanterie, l'un actif, l'autre territorial, une batterie et demie d'artillerie à pied, une demi-section du génie, quelques auxiliaires, le tout sous le commandement du lieutenant-colonel Darche.

Dès le début des hostilités, la place sentit combien sa situation à l'extrême frontière Nord-Est la rendait exposée aux premiers coups; l'annonce de l'entrée des Allemands à Luxembourg ne précéda que de peu la vue des villages incendiés, aux alentours, sur terre française; l'évacuation des Longoviciens habitant à l'intérieur des remparts devança à peine les premiers récits des atrocités commises dans les Idéalités des environs; les derniers territoriaux n'étaient pas encore arrivés que l'on signalait des patrouilles ennemies à Villers-la-Montagne et que les douaniers de Cosnes amenaient un officier de cavalerie allemand blessé à quelques kilomètres de la forteresse. Pourtant, l'adversaire évitait de se trouver trop à portée de ses canons, et on aurait pu croire qu'il faisait fi de Longwy si, le 10 .août, au moment même où parvenaient les échos de l'engagement de Man-giennes, un parlementaire (un colonel attaché à l'état- major du kronprinz) ne s'était présenté, au nom du général commandant les troupes d'occupation à Longuyon, ne demandant rien moins que la reddition pure et simple de la place sans combat, menaçant, au cas de non-acceptation immédiate de ses condi- tions, une attaque excessivement violente de la forteresse et une amende à lui imposer d'un million de francs après sa capture. A cette insolente provocation, le gouverneur répondit par une brutale fin de non-recevoir.

L'attaque se fit pourtant attendre encore une dizaine de jours; le parlementaire retourné à Longuyon n'y avait pas retrouvé sa division qui battait en retraite après notre succès de Mangiennes.

 

Le 20 août seulement, l'investissement proprement dit de la place se dessina; des mouvements de troupes ennemis furent signalés tant à Rodange en Luxembourg qu'à Messancy en Belgique et qu'à Saulnes en France; sur le haut plateau, vers l'Ouest, des convois ennemis avaient été aperçus déjà à maintes reprises. L'artillerie de la place entra plusieurs fois en action, mais sans subir encore aucune riposte. Il n'en fut pas de même le lendemain. Au lever du jour, quelques coups partirent bien des remparts sans contre-partie; mais, dès 5 h. 1/2, l'ennemi ouvrit le feu de nombreuses batteries de siège placées tant du côté de Saulnes qu'en Belgique et installées à une distance qui ne permettait pas à nos pièces de les contrebattre. Un des premiers obus éclata sous la porte de Bourgogne, y tua le commandant du bataillon de territoriale, le capitaine de gendarmerie, une quinzaine d'hommes, y blessa plusieurs officiers et soldats. L'intensité du feu fut bientôt telle que les communications à travers la ville devinrent impossibles; successivement les maisons s'effondrèrent, les rues s'obstruèrent; sur les remparts, les emplacements de batteries pris sous une pluie de mitraille furent intenables, des abris s'écroulèrent, l'hôpital de siège fut atteint, un des deux fours de la manutention démoli. A la nuit tombante, Longwy-Haut n'était plus qu'un immense brasier tout autour duquel, entassés sous des casemates et des abris de sécurité plus que douteuse, les fantassins attendaient, prêts à sortir pour repousser les assauts prévus. Pourtant l'ennemi ne tenta rien ce jour-là, quoique 6.000 gros obus, la majeure partie des calibres de 150 et de 210, fussent tombés sur les quelque 15 hectares occupés par la ville et son enceinte; un essai d'attaque avait bien eu lieu dans la matinée, mais les troupes allemandes, rassemblées près de Mont-Saint-Martin, avaient été décimées par le feu de nos 95 et n'avaient pas poussé plus loin...

Et le soir, quand l'incendie faisait rage, l'espérance était au cœur de tous: depuis la fin de la journée, on entendait le 75, annonce de l'approche des troupes françaises. Le contact avait même pu être pris sur le plateau, du côté de Lexy, avec quelques avant- postes de l'armée Ruffey; l'heure de la délivrance paraissait prochaine...

Il fallut déchanter le lendemain; notre offensive se brisa contre les puissantes organisations de l'ennemi; la redoute du Bel-Arbre, perdue depuis la veille (il n'y avait là qu'une demi-section d'infanterie et quelques observateurs d'artillerie qui avaient été complètement annihilés par un bombardement intensif), ne put être enlevée, et, dès midi, les détonations du 75 se firent plus lointaines pour n'être presque plus perceptibles bientôt. Longwy, qui avait pu souffler un peu dans la matinée, alors que l'ennemi dirigeait sur d'autres buts le feu de ses batteries, était à nouveau isolé, cette fois-ci définitivement!

Pendant quatre jours, le bombardement continua, presque aussi violent que le 21; les projectiles qui tombaient à l'intérieur des remparts ne frappaient plus que des maisons mortes, mais ils augmentaient constamment le chaos au point de faire disparaître la trace de certaines rues; sur les bastions, les abris pour le personnel étaient successivement défoncés, les casemates percées en nombreux endroits; des obus venaient éclater à leur intérieur et les gaz dégagés asphyxiaient, à leur tour, les occupants; l'hôpital de siège, maintes fois atteint, était rempli de blessés que l'on devait entasser dans les salles ébranlées; sur les remparts soumis au feu intense et continu de l'ennemi, tout service était impossible et rarement les. artilleurs pouvaient aller servir celles de leurs pièces qui, encrassées par la poudre noire, n'étaient pas hors de service. Mais toujours, sur le clocher de l'église, tenant par miracle, le petit drapeau tricolore en zinc narguait les Allemands.

LONGWY-HAUT

La place après le bombardement

Aucune communication ne pouvait être obtenue avec l'armée française; le post'ë de télégraphie optique, qui permettait de se mettre en relations avec les forts du Rozellier et de Souville de la place de Verdun, avait été démoli dès les premières heures du bombardement; les pigeons voyageurs partaient bien, mais le colombier avait été incendié et aucun pigeon de retour ne put être recueilli.

 

Le soir du cinquième jour, devant l'impossibilité de recueillir de nouveaux patients dans un hôpital où la salle d'opération avait été éventrée par les obus de gros calibre, où la salle aux antiseptiques et aux médicaments s'était effondrée, où beaucoup d'hommes avaient été achevés par des éboulements, le lieutenant-colonel Darche envoya un parlementaire pour demander un armistice qui lui permît d'évacuer ses blessés sur Longwy-Bas. La réponse fut négative. Fidèle à une coutume déjà fréquemment signalée, le commandant des troupes allemandes d'investissement accusait même les défenseurs de la place de tirer sur ses formations sanitaires!

Le bombardement, qui n'avait pas cessé au cours de ces pourparlers, continua avec une activité croissante et les victimes devinrent de plus en plus nombreuses. Au matin du 26, le gouverneur tenta à nouveau l'évacuation de ses blessés, cette fois-ci sur Longwy-Bas, non encore occupé par les Allemands. Mais, là aussi, le bombardement avait fait des siennes; l'hospice Margaine avait été incendié, plusieurs maisons détruites; de nombreux habitants, tant de la ville que des environs, atteints par les projectiles, remplissaient l'hôtel des Récollets, transformé en hôpital; les moyens de transport faisaient défaut. On dut renoncer à cette solution qui eût d'ailleurs été plus que délicate sous les obus.

Le feu terrible continuait sans interruption; la place, au matin du 26, n'était plus qu'un amas de ruines; son artillerie était complètement réduite au silence, les pièces ou démolies ou encrassées au point de ne plus pouvoir tirer; privée de toute communi- cation avec l'extérieur, Longwy dut renoncer à la lutte dans la soirée du même jour.

Mais au moins les défenseurs de la petite place n'avaient pas failli à l'héritage que leur avaient légué les combattants de 1792, de 1815 et de 1870-1871; la ville aux trois sièges pouvait s'enorgueillir du quatrième qu'elle venait de subir. Les Allemands eux-mêmes durent en convenir. Conduit au quartier général du kronprinz à Esch-sur-l'Alzette, le lieutenant-colonel Darche fut autorisé à conserver son épée en considération de son héroïque défense... Pourquoi fallut-il que, quelques jours après, l'ennemi, invoquant la présence de balles dum-dum dans la forteresse (on avait baptisé telles les balles de stand réduit, déposées légalement à la mobilisation par les sociétés de tir des environs), cette épée fût reprise au gouverneur?

Les Allemands réconnurent encore la vaillance de la garnison de Longwy quand le kronprinz, visitant les ruines, se plaignit des pertes que les assaillants avaient subies pour la prise de ce « nid de corbeaux ».

Nid de corbeaux, peut-être, maintenant qu'un poste de garde allemand y est provisoirement installé; mais le coq gaulois y a fièrement chanté et y chantera encore.

deux vues de Longwy dans une revue allemande

Cartes postale de LONGWY 1914

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Rue Haute

  

Rue Ganbetta

Rue Margaine

Hospice Margaine

Rue Victor Hugo

Photos de LONGWY d'un soldat Allemand 1914

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